Notre auteur, (désormais M.B.) nous lègue ici ce que certains ont qualifié de « testament spirituel », tout l’opposé d’un catéchisme et encore moins un livre de théologie systématique où l’on développe chaque point de doctrine. Le crédo de M.B. serait plutôt Je crois en la liberté de croire, quant à ce qu’il faut croire… à chacun son chemin de foi car c’est pour la liberté [de croire] que Christ nous aurait affranchis.

 

                                                                   

       

Pour un christianisme critique, Michel Barlow, 

Editions empreinte temps présent, 2025, 294p. 16

Disons-le tout de suite et le plus clairement possible M.B. s’érige contre ce qu’il nomme presque à chaque page, « le dogmatisme » toujours opposé à « la liberté ». Que faut-il comprendre par ce refus de tout dogmatisme ? Tout d’abord M.B. défend la cause d’une « théologie agnostique » (p. 34), c’est-à-dire une théologie qui n’a pas de dogmes, tre ni de certitudes à défendre et encore moins à imposer dans un crédo quelconque. La foi chrétienne ne peut êque la quête incessante de la vérité sur Dieu, sur Jésus Christ etc… Raison pour laquelle M.B. pense qu’un chrétien sincère ne peut pas dire qu’il a la foi, il est toujours en recherche : « […] le croyant sincère avec lui-même doit bien souvent se l’avouer : je ne sais pas si je suis vraiment croyant, si j’ai vraiment la foi. » (p. 35).

 

                                                               

 

Michel Barlow

 

 
   
Les titres des chapitres sont assez explicites : « Un Dieu d’amour qui libère parce qu’il ne se veut pas tout-puissant » ; « Et si Jésus n’était qu’un personnage littéraire ? » ; « La providence est-elle une notion chrétienne ? » ; « Un Dieu-parole et au-delà de toute parole » ; « Pour une approche symbolique de la foi » ; « Une maladie redoutable : la dogmatite » etc…

  
M.B. s’inscrit donc dans ce qu’on appelle le courant libéral du protestantisme dont la revue théologique « Evangile et liberté » en était le fer de lance (le dernier numéro papier a paru en 2023). D’ailleurs plusieurs chapitres de ce livre ont été diffusés dans cette revue.
Ma remarque concernera juste 2 points (il y en aurait beaucoup d’autres) :

    

-Pourquoi faut-il toujours penser que les certitudes seraient systématiquement défendues par des gens obtus qui ne chercheraient qu’à imposer leur foi ? C’est un procès à charge me semble-t-il : « Prétendre avoir la foi, c’est un comportement de propriétaire » p. 35 On peut tout autant, sous le prétexte de la tolérance, vouloir imposer ses idées relativistes.

  

-M.B. affirme p. 44 que Jésus « s’identifie au Verbe de Dieu (Jean 1, 1) à la Parole, qu’il est chargé d’annoncer » (c’est nous qui soulignons). Or le texte de l’apôtre Jean affirme sans détour non pas qu’il s’identifie, mais qu’il est cette Parole, le verbe de Dieu, et que cette parole s’est faite chair. Pour M.B. que Jésus soit la parole veut dire que Jésus est en parfaite adéquation avec lui-même, car là est le but de la vie et la vérité essentielle : l’homme unifié avec sa vérité (p. 45). Mais, ici pas d’incarnation.

  

Conclusion : si vous voulez connaitre l’interprétation libérale de la bible et de la foi chrétienne dans l’esprit de la revue « Evangile et liberté », c’est le livre qu’il vous faut. Dans cette perspective libérale, la foi chrétienne doit se vivre dans « une fidélité inventive » et dans une « liberté de croire à travers et au-delà » de toute confession de foi (Dominique Hernandez in Evangile et liberté, N°371, Septembre/octobre 2023). Ultime moment de vigilance : veillons toutefois (ou toute-foi) à ce qu’à relativiser la toute-puissance de Dieu au nom de notre liberté toute puissante, nous n’emprisonnions Dieu dans nos certitudes, croyant le domestiquer au nom même de cette liberté souveraine : « y a-t-il rien qui soit étonnant de la part de l’Eternel ? » (Gen 18, 14)

    

Thierry Rouquet