Alors que l’on redécouvre Jacques Ellul, anticonformiste incompris en son temps, il est frappant de réaliser qu’il était un véritable visionnaire. Sans doute trop révolutionnaire pour l’époque, sa pensée a longtemps été plus appréciée à l’étranger qu’en France ! 

 

                                                                     

    

« Jacques Ellul face à la puissance technologique », Edouard V. Piely,

Editions de l’Escargot, Paris 2024, 164 p. 17.90 €

     

L’auteur de cet ouvrage montre à quel point la pensée ellulienne est actuelle. S’il avait vécu à notre époque, Jacques Ellul aurait sans doute été considéré comme un « lanceur d’alerte ». Il avait bien prévu les dérives des technologies et leur emprise démesurée sur l’être humain que nous subissons de nos jours et dénonçait déjà la puissance des oligarches égocentriques et impitoyables. Le gamin brillant et bagarreur issu d’un milieu modeste qui avait fait un jour l’expérience d’une conversion fulgurante et profonde avait refusé de rentrer dans le rang d’un christianisme fade et sans saveur. Sa découverte de Marx et sa « foi protestante rigoureuse et radicale » (p.41) l’avaient poussé à refuser le conformisme des Eglises et des autorités religieuses et à se sentir proche des « nouveaux pauvres ».

 

                                                             

 

Edouard V. Piely

  

Ce qui me semble particulièrement intéressant dans cet ouvrage écrit non pas par un universitaire mais par un journaliste indépendant, c’est l’analyse que fait l’auteur de la relation d’amitié qu’Ellul a tissée avec Bernard Charbonneau, un ancien camarade de lycée, et de l’impact que cette amitié a eue sur le développement de sa pensée. Pour Jacques Ellul, c’est grâce au « géographe, historien et véritable pionnier de l’écologie » (p.34) qu’est Charbonneau qu’il va apprendre à penser et à se doter d’une méthode de pensée critique. En retour, l’impact d’ Ellul sur son ami agnostique consistera à l’aider à ne pas sombrer dans le désespoir face à la vision d’une société hyper matérialiste où le sacré a été transféré à la technique. Trop lucides et trop critiques sans doute, les ouvrages de Charbonneau ne connaîtront pas le retentissement de ceux d’Ellul et le pousseront à se retirer dans la solitude de la campagne pyrénéenne. Mais, comme l’écrit si bien l’auteur, « la beauté lucide de l’engagement de Charbonneau s’est quelque part conjuguée avec l’énergie d’Ellul, elles se sont réciproquement donné de l’élan. » (p.39-40)

Nous avons ici un livre original et bien écrit qui nous rappelle que nous sommes tous tributaires les uns des autres, et que les meilleurs théoriciens du monde ont pu eux aussi être influencés et stimulés à un moment ou à un autre de leur existence par la réflexion de penseurs restés inconnus.

                                                                                                          Anniel Hatton

     

Vidéo de présentation du livre par son auteur :