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De Socrate à Jésus, vers une autre sagesse

Publié le : 2016-03-07 16:18:33
Catégories : Critiques de livres chrétiens Rss feed

De Socrate à Jésus, vers une autre sagesse

Rémy HEBDING

De Socrate à Jésus

Empreinte temps présent – 261 pages – 18,00 €







L’auteur, ancien rédacteur en chef de Réforme, nous propose un essai ambitieux sur la recherche de plus en plus actuelle du bonheur ou au minimum de la sérénité. Le titre apparaît un peu réducteur puisqu’il s’agit en réalité de l’évolution de la spiritualité depuis la sagesse des anciens (philosophes grecs et latins) jusqu’à recherche ardente aujourd'hui d’un bien-vivre. L’auteur a ainsi constaté d’une part le retour en faveur des écrits des Anciens, grâce en particulier à de nouvelles traductions et des éditions bon marché et faciles à lire, et d’autre part l’intérêt récent pour la sagesse orientale. Cette quête est utilisée comme médecine contre le stress. Les exemples abondent et nous en citerons un : Sénèque antistress en 99 pilules philosophiques de Joël Berger, Les Editions de l’Opportun, Paris.

Fort de ce constat, Rémy Hebding propose trois thèmes «La grande consolation», «Réussir sa vie» et «La vraie sagesse», ce dernier représentant plus de la moitié de l’ouvrage.


De Socrate à Jésus


Les Anciens, symbolisés par Socrate, enseignent une philosophie de la sagesse fondée sur l’acceptation des faits, le fameux ‘amor fati’i (amour du destin). Le point d’orgue de cette philosophie aboutit au stoïcisme avec Epictète, l’esclave affranchi, et Marc-Aurèle, l’empereur. L’objectif en est l’épanouissement individuel par l’acceptation tranquille de tout ce qui n’est pas en notre pouvoir. Cette philosophie rejoint (ou est rejointe par) la sagesse orientale, en particulier le bouddhisme.


De Socrate à Jésus

Tout autre est le message de Jésus qui incite à agir, pour soi et pour les autres. L’apôtre Paul eut à affronter cette opposition: les Grecs cherchent la sagesse. Or nous, nous proclamons un Christ crucifié (I Co 1,22-23) et selon Actes 17 son discours était l’objet de moquerie de la part de ses auditeurs athéniens. Cependant les Pères de l’Église, à l’exception notoire de Tertullien, instruits dans la philosophie grecque, y adaptèrent leur enseignement de la nouvelle morale, afin de la rendre plus facilement compréhensible à leurs interlocuteurs. Rémy Hebding évoque un christianisme édulcoré, peut-être même dénaturé. La philosophie était devenue la servante de la religion (ou sa maîtresse, selon le mot de Luc Ferry). Thomas d’Aquin (école scolastique) aggrava la situation, et s’appuyant sur Aristote, expliqua la théologie par la raison. Cette approche a été reprise récemment par Jean-Paul II dans son encyclique Foi et Raison.

Erasme avait ouvert la voie, mais c’est Luther qui, avec sa véhémence habituelle, s’attaqua avec le plus de vigueur à la scolastique, dès 1517 dans «Controverse contre la théologie scolastique», et revint à l’enseignement de l’apôtre Paul. Il ne s’agit pas de nier la haute valeur intellectuelle de la pensée philosophique, qui enseigne la sagesse, mais d’effectuer ce que Kierkegaard appelle un saut vers la foi qui constitue le risque de la vie. La scolastique, elle, s’enseigne… le saut implique l’engagement de tout l’être. Ainsi les philosophes condamnent l’espérance qui ne peut qu’entraîner des désillusions tandis que Paul met l’espérance au cœur de la foi et, évoquant Abraham, écrit: espérant contre toute espérance, il a cru et il est ainsi devenu le père d’une multitude de nations (Rm 4,18). Les Pères de l’Église considéraient Socrate comme le précurseur de Jésus jusque dans la mort. Or Rémy Hebding oppose justement la mort dans la sérénité de Socrate, libérant ainsi son âme immortelle, à la Passion de Jésus à Golgotha et sa mort sur la croix, suivie de sa résurrection.

Voici donc un livre enrichissant, tonifiant et qui reste facile à lire, dans lequel Rémy Hebding allie avec talent sa grande érudition et sa simplicité d’écriture. Un seul regret, il ne comporte ni bibliographie, ni index… ce qui a sans doute permis son petit prix.

Bernard Steinlin


i
 Rémy Hebding attribue cette expression à Nietzsche mais d’autres auteurs l’attribuent à Marc-Aurèle.



Illustration
: L’Ecole d’Athènes par Raphaël (1509 - 1510)


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