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David Gréa, un nouveau Martin Luther ?

Publié le : 2018-06-26 16:21:11

David Gréa, un nouveau Martin Luther ?

La librairie 7ici est partenaire du blog Servir ensemble, un espace de réflexion mené par un groupe de femmes et d'hommes qui croient en une complémentarité dans les Eglises selons les dons de chacune et chacun. 

Joëlle Razanajohary, la fondatrice du blog Servir ensemble, a lu pour nos lecteurs le livre de David Gréa : Une nouvelle vie. Prêtre. Marié. Heureux.  Voici son avis : 


Née catholique, baptisée et confirmée, je n’ai pas eu la chance d’entendre l’Evangile de manière audible et compréhensible pendant mes jeunes années, malgré la ferveur évidente de ma famille… La Bible n’était pas un ouvrage recommandé dans nos milieux ! Il m’a fallu attendre les années lycée pour rencontrer des protestants et à leur suite, ouvrir ces pages jugées sulfureuses. J’ai rapidement pris goût à ce milieu et m’y suis engagée jusqu’à devenir pasteur de la fédération baptiste en 2008 après des études de théologie à la faculté Jean Calvin d’Aix en Provence.

C’est donc avec un réel intérêt que j’ai lu l’ouvrage de David Gréa, l’emblématique ancien prêtre de la paroisse Sainte Blandine de Lyon.

Une vie nouvelle. Prêtre, marié, heureux. 

David Gréa

Editions Les Arènes, 2018

290 pages

18 €

Je l’ai avalé d’une traite, le style élégant et limpide permet une lecture quasi ‘romanesque’, de même que le déroulé chronologique de l’histoire. Mais avant même la fin du livre, une idée saugrenue est venue spontanément à mon esprit : David Gréa serait-il un nouveau Martin Luther ?

Peut-être est-ce l’effet de ce passage, page 258, dans lequel il retrace ses espérances lors d’une communication avec Mgr Barbarin alors même que la ‘bombe’ de sa situation conjugale va exploser : «A vrai dire, et peut-être avec une certaine naïveté, je m’attendais à ce qu’il cherche avec moi ce qui pouvait être proposé de nouveau, d’innovant. Au lieu de cela, il constituait un tribunal contre moi ! » Ou bien sa manière d’aborder la question centrale de son ouvrage, son célibat, en la soumettant premièrement à l’Esprit et secondairement à l’institution ecclésiale, comportement  ‘protestant’ s’il en est.

Oui, il semble que David Gréa ait fait preuve de naïveté ! A l’instar de Martin Luther, lui aussi persuadé de la volonté de l’église catholique de se réformer lorsqu’il placardait ses 95 thèses sur les portes de l’église de Wittemberg, avant de voir se dresser devant lui le tribunal. Tout comme Elie, le Tishbite, prophète de son état dans l’Israël vétérotestamentaire, qui après avoir démontré la supériorité de Yahwé sur Baal, s’imaginait que l’épouse d’Achab le roi d’Israël, allait elle aussi plier le genou… Et comme tant d’autres encore, anonymes le plus souvent, saisis par le souffle de l’Esprit-Saint et par la force des Ecritures, au point de devenir des ‘naïfs’ et de croire que l’inspiration, l’insufflation de l’Esprit suffit à faire bouger des  institutions aussi vieille, large et profonde que l’église de Rome!

Elie et Martin Luther se sont battus pour plus de justice et de vérité dans leurs temps et faire advenir de nouvelles réalités. David Gréa ferait-il parti de cette catégorie d’hommes saisis par une force prophétique pour œuvrer à un changement de paradigme dans notre temps à nous ?

Tout son livre transpire la joie tranquille d’une foi simple et profonde à la fois, issue d' une rencontre ‘personnelle’ avec la réalité des Evangiles. Rien à voir avec le feu que le prophète Elie a fait  descendre du ciel (A lire dans 1 Samuel 18) ; car il faut bien reconnaitre que la panoplie de caractéristiques construisant l’image actuelle du Prophète comprend encore bien trop souvent ce ‘feu qui descend du ciel’.  C’est donc ici qu’il faut réaffirmer que depuis la pentecôte et le feu céleste descendu une fois pour toutes, la force des mouvements prophétiques ne réside pas dans leur capacité à impressionner les foules, mais dans une capacité comparable  à celle du levain qui modifie la pâte dans laquelle il est introduit tout en disparaissant lui-même. Cela se produit lorsque l’on accepte premièrement de voir sa propre réalité modifiée par le souffle et la direction de l’esprit-Saint (il me semble que l’auteur  vit cela pleinement même s’il ne semble pas encore avoir entériné le fait que l’église lui ai retiré son statut de prêtre, à moins que le titre ne soit un choix d’éditeur…) et secondairement  lorsque l’on accepte que le temps est une donnée essentielle à cette mutation de la pâte.

« Si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul, mais s’il meurt il porte beaucoup  de fruits » Jean 12 :24







Ainsi, nul doute pour moi ! Ce livre, malgré sa tonalité paisible et vibrante de l’amour de Dieu pour l’église, est un plaidoyer prophétique : il touche de plein fouet là où ça fait mal aujourd’hui, à un ‘tabou’ de l’église catholique, la sexualité des prêtres.  Dès le titre, l’auteur n’a pas peur d’utiliser un oxymore ; un oxymore, vous savez, cette expression qui réunit des choses improbables qui ne devraient jamais se rencontrer, du type : une ‘ténébreuse lumière’… Ou bien un homme est prêtre et il n’est pas marié, ou il est marié et il ne peut pas être prêtre ! Quel bel oxymore ! Et que dire de cet ‘Heureux’ qui clôt le titre ! Comment est-ce possible, alors que c’est interdit par l’église et donc par Dieu?

Le sujet de ce livre, à travers l’expérience de David Gréa, ne manquera pas de faire réagir tout un chacun, aussi bien les pour que les contre le mariage des prêtres. Sans en avoir vraiment l’air, à travers un témoignage de vie touchant et sincère, l’auteur place inexorablement au centre de son livre, le problème du statut du prêtre. Problème majeur s’il en est, au vu de la crise des vocations que l’église catholique  traverse actuellement. Sans aucune animosité, avec le souci de toujours respecter l’église qu’il chérit, mais plus encore de faire comprendre l’ardeur spirituelle qui l’anime, l’auteur déroule l’histoire de sa vie, de sa jeunesse , de son appel à la prêtrise, de sa réussite à la tête de plusieurs paroisses de Lyon jusqu’au constat qu’il lui ‘manque’ quelque chose d’essentiel qui le tirerait de cette solitude qui le fait tant souffrir, une femme, un vis-à-vis, une Ezer telle que la décrit Genèse 2.  Les puristes crient au scandale, David Gréa tient ferme dans le calme et dans la paix... Pot de terre contre pot de fer… Ou David contre Goliath ?

Nul doute qu’ils seront nombreux à lui jeter la pierre. Comme on peut déjà le lire sur Internet où des lecteurs anonymes peuvent commenter les livres qu’ils ont achetés :

« Cependant on se rend assez vite compte que le problème de David Gréa n'était pas tant son attirance pour une vie à deux que sa vocation de prêtre catholique. Son attirance pour les milieux protestants et anglicans, le poids que représente la vie célibataire et ce à peine quelques années après son ordination, l'incompréhension qu'il exprime face à la position de l'Eglise, son mariage un samedi Saint (seul jour de l'année où aucun sacrement n'est célébré dans l'Eglise Catholique, ce qui laisse supposer qu'il a agi par pure provocation)... Tout ceci conduit à penser que David Gréa n'était tout simplement pas destiné à être prêtre. »

Ce livre pose donc  tout à nouveau une question fondamentale : Qu’est-ce qui fait un prêtre ? L’église catholique répond que le prêtre ne peut être qu’un homme, consacré, et engagé au célibat ! Pour elle, le célibat, c'est-à-dire l’absence de sexualité, participe à  la prêtrise d’une manière essentielle, parce que le prêtre reflète Christ, qui lui aussi a été célibataire. Le nombre d’appréciations positives au commentaire cité plus haut ne laisse planer aucun doute : de très nombreux lecteurs sont d’accord avec cette compréhension de ce qui fait un prêtre....

Lire la suite de l'article de Joëlle Razanajohary sur le blog Servir ensemble ici

Joëlle Razanajohary

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